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Vivre Enfin ! Par Marie-Reine Guilmette Extrait courrier Printemps 2008

Ma mère était acadienne et mon père venait d’un petit village de la région de Portneuf. Ils se sont
rencontrés sur une ferme où mon père avait travaillé et se sont mariés « pour le meilleur et pour
le pire »! Ma mère avait un tempérament de chef et mon père pliait l’échine et acceptait tout. J’ai
vécu dans une famille de six enfants dont j’étais l’aîné. Lorsque j’étais jeune, on n’élevait pas
les enfants, on les domptait! Cinq sœurs m’ont suivi et j’ai vite compris que j’étais le
chouchou de ma mère, ce dont j’ai abusé très souvent.

Nos lieux de résidences étaient très instables, les démé- nagements successifs, souvent en cours
d’année, ont eu pour conséquence que je ne pouvais pas me faire d’amis, aussitôt que j’en avais un,
on déménageait. J’étais devenu pour eux le gars du coin « à part », « peureux». Rarement je
terminais une année scolaire au même endroit, j’étais incapable de m’adapter. Ma mère me
surprotégeait et mon père n’avait pas le droit de dire quoi que ce soit sur mes attitudes et
mes comportements. À 16 ans je décide donc de laisser l’école. J’ai travaillé pour un épicier,
j’allais porter des commandes à vélo aux domiciles, puis j’ai été engagé dans une manufac- ture.

En 1956, un ami de la famille m’a trouvé un emploi dans une brasserie. J’y ai travaillé jusqu’en
1995. Un jour un col- lègue de travail m’a offert une bière, je n’avais jamais bu
avant…je tombais alors dans la potion magique. Je voulais avoir des amis, j’avais besoin d’être
valorisé, je recevais très peu de signe d’affection à la maison. À cette époque on disait très peu
aux enfants qu’on les aimait, qu’ils étaient impor- tants. J’ai découvert alors que la
boisson m’enlevait mes peurs momentanément, même si je gardais mes émotions.

Je me suis marié à la fin des années 50, j’étais immature, incapable de prendre la responsabilité
d’une vie de couple et d’une famille. Peu de temps après, nous avons eu notre pre- mier enfant, un
garçon dont j’étais très fier; dans ma tête c’é- tait ma façon de prouver aux autres que
j’étais capable. J’avais enfin une famille! Nous avons eu deux autres garçons et notre quatrième
enfant était une fille, quel bonheur! À l’époque où on faisait baptiser les enfants le jour
ou le lende- main de la naissance, j’étais tellement ivre le jour du bap- tême de ma fille que
je me suis trompé de nom, au grand désarroi de mon épouse. J’aurais une centaine d’histoires
à
raconter où la boisson me faisait gaffer ou omettre des événements importants. En
résumé, j’étais un père absent, irresponsable et inconscient de la valeur de ma famille; je
n’étais que le « pourvoyeur de la famille» celui qui rapporte l’argent à la maison. Je buvais au
travail, j’étais bien placé pour cela et j’avais trouvé un lot de trucs pour apporter de la bière à
la maison, ça ne me coûtait rien. Je vivais au sous-sol de la maison et je ne voulais pas être
dérangé.

Pour moi le « paraître» était très important. Je n’étais pas un buveur de groupe. J’étais
unùbuveur solitaire; la chambre froide, la télévision, mon fauteuil et mon ouvre-
bouteilles me suffisaient. Certaines gens ne se rendent pas compte qu’ils sont alcooliques,
mais les autres autour d’eux le savent très vite. Ils ne peuvent pas duper par leurs com-
portements: boire dans une tasse (parfois dans une bouteille d’eau gazeuse) ou boire en cachette,
cacher sa boisson, sen- tir l’alcool, mentir sur ses consommations, emprunter ou voler de
l’argent pour acheter de l’alcool, changer son com- portement, tituber en marchant sont des
indices qui ne mentent pas à l’entourage; seul l’alcoolique croit qu’il n’a pas de problème et
que seulement les autres ont un problème par rapport à lui. Personnellement, je crois que j’ai des
pro- blèmes, mais que tout est à cause de ma femme.

Mon meilleur chum avait été absent du travail durant 3 semaines. Personne ne savait pourquoi. À son
retour je lui offre une bière et il me dit « non». Je ne comprends pas et je me dis qu’il a
sûrement été très malade! Il me dit
alors « Va au médical » c’est le nom que nous donnions à l’infirmerie. Je m’y rends quelques
jours plus tard et l’infirmière
me dit « Qu’est-ce qui ne va pas?» Je me suis mis à pleurer et je lui ai dit « J’ai marié une
folle,
elle ne me comprend pas,» Elle m’a écouté et m’a posé des questions, puis elle m’a dit
que j’avais besoin d’une thérapie et qu’elle arrangerait tout cela avec mes patrons. Pour
contrer mon hésitation,
elle m’a dit qu’elle com-
(La personne que nous avons rencontrée est membre d’alcooliques anonymes, elle a eu la gentillesse
et la simplicité

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